Actulive.net | Interview avec Aboua Kouakou, artiste-graveur
8 octobre 2021

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Interview/ Aboua Kouakou, artiste-graveur

« Les artiste-graveurs ont leur place à prendre sur le marché de l'art »

 

Rencontré au mois de juin dernier à la Maison Sopi ( résidence d'arts ) lors de la 3ème édition de l'exposition d' arts visuels dénommée ‘’Les grandes Cimaises d' Abidjan’’, Aboua Kouakou, artiste-graveur et par ailleurs enseignant d'arts visuels dans un établissement de la place a bien voulu nous parler de son métier, peu connu du grand public. A travers cet entretien il revient sur son parcours, insiste sur les difficultés liées à l' éclosion du métier, dévoile quelques facettes de ce métier, tout  en indiquant son optimisme pour l'avenir. Entretien...

 

 Qu'est-ce qu'un graveur ?

 

Un graveur est un peintre mais un peintre n'est pas forcément un graveur. Cela s'explique par le fait que la peinture se fait à titre principal sur une  toile en ayant recours à un matériau comme la peinture à l'huile, à l'eau etc. . Quant à  la gravure, elle a recours à des moyens indirects de réalisation de l'œuvre d'art. Le dessin se fait sur une matrice comme le bois, le métal ou la pierre qui va à la fin être imprimé par encrage. Donc, les réalisations finales ont pour nom gravure ou estampe. Elles peuvent être rangées dans un des trois procédés fondamentaux que constituent la gravure d'épargne ou xylographie, la gravure en creux et la lithographie. Mais les procédés se ramifient en une multitude de techniques, d'où la richesse de cette forme d'expression artistique qui semble en désuétude. Il y a eu dans l'histoire de l'art universel de grands graveurs comme Rembrandt Van Rijn, Albrecht Durer, etc...

 

 Depuis combien de temps êtes-vous sur la scène des arts ?

 

Ma première exposition de gravure remonte à 1994 dans une librairie à Abidjan-plateau. Pour une  toute première exposition, j'avais eu l'honneur d'accueillir d'illustres personnalités.  Cette exposition  a été parrainée par le gouverneur Guy Nairay, grand mécène et amateur de l'art, conseiller spécial du président de la République de l'époque, Henri Konan Bédié. Elle était présidée par le ministre de la Culture Bernard  Zadi Zaourou. Depuis cette première exposition,  j'ai continué d'exposer collectivement et individuellement. C'est vrai, ces expositions étaient sporadiques du point de vue de  leur constance mais j'ai profité du temps de flottement pour compléter mes diplômes académiques, universitaires et artistiques car j'avais soif d'apprendre pour avoir des connaissances plus transversales. 

 

 Pouvez-vous nous faire un bref rappel de votre parcours professionnel ?

 

Ma première exposition de gravure remonte à 1994 au Plateau à Abidjan, la deuxième à Divo où j'étais en poste comme professeur d'arts plastiques, ensuite revenu à Abidjan, j'ai exposé au musée d'art contemporain de Cocody en 2014. En 2018 et 2021, j'ai exposé dans le cadre des grandes cimaises de la ville d'Abidjan au palais de la culture de Treichville et à Cocody; En outre en 2021, j'ai pris part à une exposition groupale  comme les grandes cimaises  dans le cadre de  Traité d'amitié et de coopération entre les ministères de la culture de la Côte d'Ivoire et du Burkina Faso. 

 

 Apparemment ce métier n'est pas connu du grand public. Comment expliquez-vous cela ?

 

Si ce métier n'est pas connu, on peut expliquer cela  par plusieurs raisons, entre autre le manque de promotion, le fait pour nos devanciers de ne pas être puristes. Autrement dit, d'associer gravure et autres formes d'expression artistique faisant ombrage à l'éclosion de la gravure, l'inconstance dans les expositions de gravure, le fait de ne pas exposer dans des galeries sérieuses, institutions habilitées à assurer une bonne promotion de la gravure et à conférer aux artistes une côte, gage d'une bonne vente.   

 

 Justement que faites-vous pour être mieux connu ?

 

Pour être mieux connu, actuellement je travaille activement pour exposer dans des galeries de référence pour ne plus rester dans l'ombre. Car, je voulais assurer moi-même  la promotion de mon travail, alors qu'il  y a des marchés de l'art que constituent les galeries d'art  outillées  à le faire. Aujourd'hui la communication s'est développée et il suffit d'une exposition pour que les mass-medias, les chaînes de télévision locales et internationales soient présentes pour faire l'écho de cette exposition dans le monde entier  pour  pérenniser la gravure. 

 

 Les peintres sont plus en vue que les graveurs. Qu' est-ce qui explique cela ?

 

C'est parce que les peintres travaillent beaucoup et exposent beaucoup. Si les graveurs font comme les peintres, je pense que la gravure va sortir de l'anonymat relatif. Si les graveurs travaillent suffisamment, il y aura de nombreux  référents incitant la jeunesse à embrasser cette carrière qui peut assurer sa pitance quotidienne et lui permettre une vie décente pour  pérenniser la gravure au bénéfice aussi de la génération à venir. Pour que la gravure vive, il faut dépasser la gravure classique pour aboutir à une nouvelle manière de pratiquer la gravure pour arriver à la gravure contemporaine comme on fait des recherches en peinture. Mes recherches personnelles m'ont permis de transcender de la gravure classique pour aboutir à une nouvelle création originale pouvant contribuer au bonheur des graveurs dans le monde entier. 

 

 En tant que graveur, que faites-vous pour être connu du grand public ?

 

En tant que graveur, en attendant une vulgarisation plus poussée et prononcée , je suis en connexion avec beaucoup de personnes non spécialistes et des spécialistes de la gravure dans le monde entier par le biais d'internet. On échange des gravures sur facebook et en partageant les œuvres gravées on les fait découvrir par le public non averti, ce qui constitue une découverte pour ce public  en ce qui concerne la gravure. Je souhaite exposer  sous peu de façon individuelle et collective  pour promouvoir la gravure. 

 

 

 Y a t- il des difficultés particulières liées à la promotion de votre métier ?

 

La difficulté majeure n'est pas spécifique à la gravure. Elle concerne l'ignorance, la non- formation et la non- éducation du public en ce qui concerne l'amour de l'art en Afrique. Les amateurs d'art n'ont pas suffisamment de moyens pour s'offrir une gravure dont parfois le prix est hors de portée dans une Afrique préoccupée prioritairement par la satisfaction des besoins existentiels. Il reste cependant un public bourgeois ou non s'intéressant et achetant certaines de nos œuvres gravées. Il nous manque aussi des moyens financiers pour la création. Nous nous débrouillons parfois avec quelques  petits moyens financiers à notre disposition; Il va s'en dire que le créateur qui n'a pas le minimum financier va  sombrer inéluctablement dans l'inactivité et l'oubli préjudiciables à la promotion de l'art africain. 

 

 A quand une exposition spéciale avec des graveurs ivoiriens ?

 

D'abord, nous devons recenser les graveurs ivoiriens, nous organiser pour travailler car seules les œuvres tangibles nous permettront  d'avoir de la valeur et une lisibilité. Ensuite, nous allons faire des expositions collectives et individuelles   ici et ailleurs. Si nous travaillons sérieusement, nous pourrions rejoindre la gravure universelle très dynamique. Je souhaite déjà associer un, deux ou trois graveurs à ma prochaine exposition à Abidjan.  C'est de cette façon qu'on pourra familiariser les acquéreurs éventuels à la chose gravée. Et ces expositions doivent se multiplier. Les  graveurs ivoiriens et  africains doivent  compter d'abord sur eux-mêmes et l'aide d'éventuels mécènes de l'art, suivra.  

 

 Quels sont vos projets pour l'avenir ?

 

Je voudrais organiser beaucoup d'expositions individuelles et collectives en Côte d'Ivoire et rejoindre la gravure mondiale pour des expositions groupales, mesurer mon travail  avec celui des graveurs internationaux. Et cela va me permettre de  gagner en assurance en ce qui concerne mes créations. Je souhaiterais ouvrir un espace ou  un  centre pour former la jeunesse et les artistes à l'acquisition des techniques de la gravure. Enfin, je voudrais réaliser de l'industrie culturelle car mes recherches ont abouti à la réalisation partielle d'un aspect utilitaire de la gravure. 

 

Propos recueillis par Clemso Actulive.

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