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Actulive.net | Georges Ravoteur l’Initiateur du carnaval Ivoiro-Antillais affirme : L’idé
Georges Ravoteur l’Initiateur du carnaval Ivoiro-Antillais affirme : L’idé
23/02/2017
Georges

Interview

Réalisée par Clemso Actulive

Georges Ravoteur l’Initiateur du carnaval Ivoiro-Antillais affirme :

L’idée m’a venu par un pur hasard

Avant que ne démarre la 6ème édition du carnaval Ivoiro-Antillais prévue les 24 et 25 février, Actulive.net a rencontré Georges Ravoteur, l’initiateur et promoteur. Au menu de l’entretien, la germination de l’idée, ses objectifs et l’avenir de ce pont culturel.

Qui est Georges Ravoteur ?

Georges Ravoteur est un Antillais qui vit en Côte d’Ivoire depuis 10 ans, presque 11 ans maintenant. Je suis presque ivoirien. J’habite à la Cité Grâce 1 (Feh Kessé) à Bingerville depuis 6 ans et je suis le promoteur, initiateur du carnaval Ivoiro-Antillais, qui sera à la 6ème édition.

Cela fait 10 ans que vous vivez en Côte d’Ivoire. Vous mettez en place un carnaval pour rattacher deux continents, l’Afrique et l’Amérique. Comment vous en est venue l’idée ?

Elle m’est venue bêtement. Un jour, j’étais tout seul à la maison comme d’habitude. J’étais en train de bouquiner et l’idée m’est venue comme par un pur hasard, une espèce de lumière. Et je me suis dit, pourquoi ne ferais-je pas un carnaval et également un chanté Noel. C’était au milieu de l’année. Je me suis dit, cette cité est beaucoup calme et il ne s’y passe rien, si je faisais un ‘’chanté Noel’’, çà réunirait les gens d’Afrique, pas uniquement les Ivoiriens. Car, il y a une multitude d’Africains qui vivent ici. Comme çà, ils verraient comment nous fêtons Noel, aux Antilles. Vu que c’est la dernière fête de l’année avant l’avènement du Christ,  il fallait faire quelque chose. Donc, on a placardé quelques petites affiches, les gens sont arrivés avec mets africains, du Beni, du Sénégal … J’étais étonné parce que c’était la première fois et il y avait plus de cent personnes, qui se sont passé le mot. Après j’ai réfléchi et je me suis dit qu’il fallait aussi faire le carnaval. Et la première édition s’est passée dans ma maison. Il y avait des Antillaises, pas nombreuses à l’époque, qui sont venues et des gens de la cité également. Nous avons fait le tour de la cité. Nous n’avions pas de musique et nous avons pris celle de Jean Philippe Marthély, un chanteur de Kassav, le clip ‘Hélicoptère’’ qui passait bien à l’époque à la télévision. Tout le monde dansait au son de cette rythmique, avec un sifflet en accompagnement. Après nous nous sommes permis une petite collation. Et c’est parti.

Avec la réussite de ce lancement, vous avez pris la chose au sérieux. Quels liens comptiez-vous à l’époque tisser en instituant ce carnaval ?

Je voudrais que les Africains comprennent que nous descendants d’esclaves, pensons beaucoup à l’Afrique. Même si le négrier a voulu mettre une barrière entre nous, en faisant voir des images de l’Afrique qui ne sont pas du tout ce que nous attendions. Parce que, quand un Américain ou un Antillais arrive en Afrique, il a l’impression qu’il va voir des cases, des huttes avec la négresse,  l’os qui traverse le nez, la négresse à plateau, c’est ce qu’on nous représente dans nos livres. On ne cherche pas à savoir ce que c’est l’Afrique. On nous a appris à l’école que nos ancêtres sont les Gaulois. Et moi j’ai toujours refusé çà. Ma mère disait nos ancêtres les Gaulois, il fallait respecter çà.

Donc, vous venez pour retracer une certaine vérité ?

Oui ! Mais des fois toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire.

Ne serait-il pas judicieux de faire organiser pour ce pont culturel, une édition en Côte d’Ivoire, la prochaine aux Antilles et le manège continue, pour que le partenariat soit gagnant-gagnant ?

Cela se fait à travers la presse. Les réseaux sociaux en font un large écho. Les vidéos se voient un peu partout. Les journalistes en font également la publicité. Sur Google, vous tapez carnaval Ivoiro-Antillais, il y a au moins deux pages. Cela permet aux gens de voir ce qui se passe à Bingerville. D’autres choses aussi se passent dans nos communautés. Mais je pense que le plus de pages sur le carnaval, c’est quand même moi qui l’a fait.

La mairie de Bingerville s’est accaparé l’évènement. Que représente le carnaval pour elle. Et quel est le champ d’action de leur participation ?

 La participation augmente d’année en année. J’espère qu’elle le sera d’avantage. Au début, elle ne savait pas que le carnaval était protégé, que c’était une marque déposée, avec la signature Ravoteur. Ils se le sont accaparé mais en sachant que j’en suis l’initiateur. Les deux premières années de leur participation le budget était maigre et après, çà s’est amélioré. On peut quand même leur dire merci. Parce que c’est une festivité qui attire du monde, où il y a des enfants. Tous ceux qui habitent la Côte d’Ivoire viennent, puisqu’ils en entendent parler par les médias. Il y en a même qui viennent de la Guadeloupe. Il y aura qui sait peut-être, un jumelage avec une ville guadeloupéenne. Il y aura même des représentants politiques antillais qui seront là. C’est pour dire que çà prend de l’essor entre les hommes politiques des Antilles et la mairie de Bingerville. Je souligne que mon carnaval est apolitique.

N’avez-vous pas peur de l’envergure que prend le carnaval et que cela

risque de vous voir confronter au syndrome d’une robe trop grande à porter par vous pour les éditions à venir ?

Je suis en train de réaliser que le bébé ne m’appartient plus. J’en ai vraiment peur et j’avoue que c’est une vérité qui me trotte dans la tête. Je me dis Dieu fasse que l’année prochaine ce soit autre chose et j’en de plus en plus peur que je ne puisse pas pouvoir faire face à ce carnaval. Mais, il restera quand même.

Nous avons remarqué que grâce à votre carnaval, les Ivoiriens sont en train de découvrir leur culture. Vous mettez au grand jour des danses en disparition et d’autres arts qui s’évanouissent avec le temps. Est-ce la colonisation de l’Ivoirien par un Antillais ?

C’est une colonisation en effet. Quand chacun vient, il se dit, tiens « les Antillais sont là, ils vont faire quelque chose. ». Mais ce n’est pas toujours vérifié. Quand je suis arrivé en Côte d’Ivoire, il existait une communauté antillaise installé depuis 50 ans. Mais, c’est grâce au carnaval qu’on a commencé à réaliser que celle-ci existe. Bien qu’il y ait eu la guerre, les Antillais ne sont pas allés ailleurs. Même si mon nom est tout petit, il y a des Antillais qui s’intéressent à la Côte d’Ivoire.

Y-a-t-il des communautés parlant le créole hormis les Antillais, qui vous ont contactés ?

Oui ! Il y a la Guinée Bissau et plusieurs autres. Mais nous ne pouvons pas prendre tout le monde. Donc, nous étions obligés de faire un choix de choses qu’on a déjà vues. Et nous en avons ajouté d’autres. Si un gros groupe arrive, nous allons le privilégier. Mais, c’est dommage ! Le maire a souhaité que le carnaval dure une semaine. Moi je ne sais pas comment le réussir. Vais-je me tirer les cheveux ? Mais selon ses prévisions, il souhaiterait que ça dure une semaine dès l’année prochaine.

Un message aux deux communautés ?

Je voudrais que les Ivoiriens réalisent que nous avons quittés contre notre gré notre mère Afrique. Nous avons été obligés de monter sur des bateaux négriers, avec des chaînes aux pieds et aux bras. Et que nous ne sommes pas arrivés en Amérique avec une cuillère en or dans la bouche. Qu’ils ne croient pas que nous sommes les enfants des Euros, des Dollars. Je crois que ce que nos arrières parents et parents ont souffert depuis 250 à 300 ans à l’image de ‘’Roots-Racines’’ d’Alex Halley, aussi ‘’Amistad’’, vous voyez, tout ce que nous avons pu endurer comme souffrances. Nous sommes en train de lutter jusqu’à aujourd’hui, parce qu’il se passe énormément d’injustices. Voyez ce que les jeunes noirs vivent actuellement en Europe. Tout le monde voudrait y aller pour l’amélioration de sa condition. Mais il vaut mieux rester chez soi. On y est mieux que dans ces pays où on vous traite de ‘’bamboulas’’ et autres.

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