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Actulive.net | Interview : L’artiste Tony Kouad est formel
Interview : L’artiste Tony Kouad est formel
29/09/2017
Interview

Interview : L’artiste Tony Kouad est formel

« Nous africains, n’attachons pas beaucoup d’importance à la culture »

Tony Kouad est un artiste ivoirien multidimensionnel basé en France. A l’occasion de sa venue pour le début de la constitution d'une bibliothèque à l'école du village de Kangah Nianzé, un petit village de Tiassalé dans la région de l’Agnéby-Tiassa, il s’est confié à www.actulive.net. Selon lui les Africains n’attachent pas beaucoup d’intérêt à la culture.

Vous venez souvent en Côte d’Ivoire, votre pays d’origine. Etes à la recherche de l’établissement d’un pont culturel entre votre pays natal et la France. Ou est-ce pour la relance de votre carrière ?

Ma carrière,  je l’ai commencée depuis longtemps, en 2000. Soit 17 ans. Ce n’est pas pour la relance. Mais plutôt pour la continuité. Je suis revenu pour d’abord me ressourcer, travailler aussi avec les générations qui ont suivi et puis après pour apporter ma pierre à l’édifice culturel de mon pays.

Vous êtes venu pour quelque chose de très précis. Peut-on savoir cette actualité ?

Je suis venu pour faire un don de livres, afin de constituer une bibliothèque dans un petit village de Tiassalé dans la région de l’Agnéby-Tiassa. En fait en France, j’ai un programme pour enfants qui s’appelle : « Tony et Bandoni », qui me permet de travailler dans les écoles, les bibliothèques, les médiathèques et des centres de loisirs, pour proposer des spectacles aux enfants. A l’issue de ces spectacles, je fais une collecte de livres. Car, je me suis rendu compte qu’ici, en Côte d’Ivoire, quand j’ai parcouru certaines écoles, il n’y avait pas de bibliothèque à proprement parler.  Alors que dans mes souvenirs d’enfant, lorsque j’étais à l’école primaire, il y avait des récompenses de livres, quand on travaillait bien. Donc, c’est un peu cette forme que j’aimerais instituer : ‘’Le livre accessible à tous’’, pour qu’on puisse développer notre intellect, donner la chance à tout le monde.

Qu’enseignez-vous aux petits européens, la culture ivoirienne ou la culture africaine en général ?

La culture africaine en général, que j’appelle : « Paps », poetic afro philosophie soul. C’est-à-dire la politique qui va avec, est de donner une autre image de l’Afrique, du côté esthétique, la beauté du continent à travers notre culture qui est si chère. Parce que l’Afrique n’est pas que la misère. Ce n’est pas cette Afrique cataloguée misérabiliste qui tend les mains à l’Occident à chaque fois. Nous avons une richesse de grande dimension. A nous autres africains, de montrer cette richesse culturelle. C’est ce que j’essaie de faire autant que possible.

Cette richesse culturelle repose sur quoi à votre avis ? Est-ce la poésie, le chant, la danse ou la peinture ?

En fait, il y a un peu de tout. Parce que moi je me définis comme un homme de culture. La danse, je la connais. La poésie également, pour avoir fait un peu de littérature. La musique, pour avoir côtoyé les chorales religieuses et les écoles de musique en France. A travers mon art, j’essaie de véhiculer cette Afrique authentique non misérabiliste. Donc, je montre toutes formes de disciplines artistiques tout autour de la scène.

Qu’est-ce qui différencie les petits européens des petits africains concernant la pratique de la culture dans leur environnement ?

Nous avons la chance d’avoir en commun la culture. Sauf que nous africains, n’attachons pas beaucoup d’importance à la culture. On ne nous enseigne pas à voir l’importance capitale de la culture.  En Côte d’Ivoire, la culture est reléguée au dernier plan. Ce qui est dommage !

Comment les petits européens perçoivent-ils ce que vous leur enseignez ?

Ils aiment bien l’approche que je fais avec eux. C’est-à-dire que, quand je leur parle de la culture afro, je tends également la main à la culture occidentale. J’aborde le thème de manière ludique. Les enfants aiment bien quand il y a des images. Par contre, ils ont encore l’image de cette Afrique très pauvre, de l’Afrique des cases, de l’Afrique misérabiliste. C’est ce que la plupart du temps on leur montre. Et moi, ce que je peux faire, est de montrer qu’il y a autre chose évidemment, les chants, les danses, les découvertes scientifiques, des peuples d’une certaine organisation. Enfin, je fais à mon niveau, ce que je peux pour que l’Afrique soit un rayonnement.

Ces enfants en grandissant avec la mentalité que vous leur enseigner, quels comportements adoptent-ils ?

J’aime de plus en plus travailler avec les enfants. Car, c’est un vivier à l’ouverture de l’esprit. Surtout quand on commence à la crèche. J’ai des programmes pour les crèches, pour les classes : maternelle, primaire, élémentaire, le collège, même le lycée. Je veux dire chaque fois on a une approche différente. Dès le bas âge, quand on leur inculque cette ouverture d’esprit, de voir la culture africaine autrement, je pense qu’ils gagnent en ouverture un peu plus globale, plus mondiale, que sur cette Afrique qu’on leur propose en clichés. J’ai une anecdote à raconter. J‘ai des élèves que j’ai pris au lycée. Qui, pour certains sont devenus étudiants, pour d’autres, des travailleurs et qui m’appellent ou m’écrivent et me disent que l’Afrique ce n’est pas cette misère dont on parle tant et qu’elle est culturelle. Mon rôle est calqué sur mon engagement artistique.

Peut-on dire que l’Afrique est en train de recoloniser l’Occident avec la culture ?

Non ! On ne recolonise pas. On essaie de parler différemment, de montrer qu’il y a plusieurs cultures en ce monde. Et il faut un peu de tout. Le petit blanc dont vous parliez demande souvent : « Est-ce que vous parlez africain ? ». Je lui réponds qu’en Afrique, il y a plusieurs pays. On essaie d’être nous-mêmes avec nos divergences, pour créer un monde hétérogène.

Les langues maternelles ont-elles disparu en France ?

Si on connait un peu la littérature française, on sait qu’il y a eu de petits dialectes, plusieurs langues, la  Romana lingua et d’autres. En 842 on a essayé de trouver un langage pour tous, qui est le français. Mais il y a certaines régions qui gardent encore leur langue, par exemple le Breton, les Corses. Il y a encore des langues qui existent. Certaines régions essaient de perpétuer leur tradition.

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