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Actulive.net | Interview Madou Lou Thérèse, de la danse à la chanson
Interview Madou Lou Thérèse, de la danse à la chanson
04/05/2017
Interview

Interview Madou Lou Thérèse

Madou Lou Thérèse est l’une des rares danseuses traditionnelles que le Ballet national de Côte d’Ivoire a connue. Par suite d’un abandon de cette compagnie, qu’elle ne se l’explique pas, la dame a charmé Houphouët Boigny avec ses majestueux pas. Alors que le vieux promet de lui assurer une belle carrière internationale, il est détourné par les mensonges, du chauffeur de sa sœur Faitai. Résultat : La crise de 2002 et les échecs font basculer Thérèse de la danse à la chanson. Nous l’avons croisée lors de l’enregistrement d’un documentaire sur trois danses. Elle nous plonge dans ses souvenirs et son présent, qu’elle essaie de réussir.

Que devenez-vous après ces années de gloire passées avec le Ballet national de Côte d’Ivoire ?

J’étais au Ballet national effectivement Nous avons beaucoup voyagé L’Europe, le reste du monde, nous y avons joué, avec Bienvenue Néba et Louis Akin Mais j’ai quitté cette formation en 1983 sans raison apparente. Le directeur Louis Akin m’a suppliée en vain de rester. Mais mon cœur n’y était plus. J’ai alors en 1984 formé mon groupe à Yamoussoukro, que j’ai nommé « Kazé club de Yamoussoukro ». C’est là où j’ai formé Bi Pomi Junior, Léa, la défunte danseuse de Gnahoré Djimi et ma fille Sellou Nadège.

Bien avant que vous n’accédiez au Ballet national, où étiez-vous et comment avez-vous  eu accès à cette formation ?

Avant d’arriver au ballet national, je dansais la danse des Génies ‘’Komian’’. J’ai eu la primeur de paraitre sur les écrans de la télévision ivoirienne pour un direct. Quand les responsables du ballet m’ont aperçu par le canal de cette chaîne, ils ont cherché à me contacter Il faut préciser que le Ballet national en son temps était logé au Centre culturel Jacques Aka de Bouaké. Ils m’ont cherché partout. Ils sont même allés à Sinfra, chez moi au village pour me convaincre d’intégrer leur formation culturelle. Ma mère s’est opposée à l’idée de me voir faire partie de ce groupe. Selon elle, vu que la danse que je pratique est faite de beaucoup de transes, les gens vont penser que j’ai des crises d’épilepsie. C’est donc ma grande sœur, qui m’a encouragée à aller au Ballet national. Au village les responsables du ballet ne m’ont pas trouvée. Un jour, alors que j’étais à Abidjan, Cosmos Doubiati, un jeune gouro me croise à la soirée de Yéplé Jazz et m’informe que les gens du Ballet national me réclament toujours. C’est lui qui m’a convaincue et est allé me présenter aux responsables. Ils ne se sont pas fait prier pour m’engager.

La danse Komian que vous pratiquiez, comment est-elle venue à vous ? Est-ce par les génies ou de manière naturelle ?

Actuellement les danses que je pratique, sont un don divin. Ma mère n’était pas une danseuse. Mon père néanmoins dansait ce qu’on appelle maintenant le ‘’Gbégbé’’. En gouro on l’appelle : « Kwêdèlè ». L’histoire de ma pratique pour le Komian est lointaine. En fait, ma mère qui est la première femme de mon père, est allée à Oumé avec son mari. Ce dernier était si beau que beaucoup de femmes tombaient sous son charme. Alors une vendeuse de riz n’a pu résister et elle s’est confié à ma mère de devenir sa co-épouse. Mon père après que ma génitrice l’ait informé, l’a mariée. Au temps, les femmes n’étaient pas jalouses. Après s’être installée, ils se sont aperçus qu’elle était une initiée ‘’Komian’’.  En ces temps-là je n’étais pas encore née. Elle a par la suite envoûté mon père, qui lui consacrait uniquement tout son temps. Quand je suis venue au monde, mes parents ont palabré. Le grand frère de ma mère l’a convaincue de retourner au village, vu que son mari ne la voulait plus. Ça a été un dur moment. Ma grand-mère nourrissait ma mère de médicament qu’elle pillait. Ce remède permettait à une femme enceinte de nourrir convenablement l’enfant qu’elle portait en son sein. C’est dans cette atmosphère que je suis née. A ma naissance, je portais un boubou blanc et un filet. Les gens se sont écrié, que j’étais un enfant génie. Ma mère a eu recours  à un devin. Celui-ci a répondu que le père de l’enfant a été envoûté par une femme ‘’Komian’’. Alors Dieu dans sa bonté a envoyé une fille de ce genre pour essuyer les larmes de ma mère. C‘est ainsi que l’esprit est venue sur moi. Quand j’ai pris de l’âge, j’ai dit à ma mère que personnellement  le ‘’komian’’ ne m’intéresse pas. Et si Dieu veut que j’exécute cette danse  je le ferai. J’ai donc pour échapper, préféré me lancer dans le christianisme.

Après la création de votre troupe où êtes-vous allées ?

J’étais à Yamoussoukro avec ma troupe. Et un jour Houphouët est venu dans la ville et nous avons dansé. Il a tellement apprécié, qu’il a dit qu’hormis nous, aucun groupe ne va jouer désormais pour lui.

Il vous a adoptée comme sa file. Qu’a-t-il fait concrètement pour vous ?

L’homme noir est tellement difficile, qu’on ne sait pas comment le qualifier. Le président a voulu tout faire pour moi. Mais, celui qui m’a fait venir dans cette ville, en l’occurrence le chauffeur de mamie Faitai, le nommé  Emmanuel Sohourou Bi Séli, le voyait d’un mauvais œil. Le jour où nous avons dansé aux funérailles de l’oncle d’Houphouët, le président m’a  demandé où je loge. Je lui ai répondu : « Petit Bouaké derrière la basilique. ». Il a dit que l’endroit n’est pas sécurisé. Il a donné des consignes à Kouassi N’goh pour me donner une villa de sept pièces où je résiderai avec mes danseurs. Il m’a dit ensuite que le plus grand cadeau qu’il allait me faire, est une tournée de deux mois en Suisse. Alors le chauffeur de mamie Faitai gonflé par la jalousie est allé dire au président par la suite que s’il nous attribuait le local, nous le transformerons en bordel.  Trouvant que le vieux ne se manifestait pas, je suis allée le voir et il m’a raconté ce que Séli lui avait dit. De ce fait, nous n’avons pu avoir accès à la villa. Le voyage en Suisse a été aussi annulé.

En son temps vous n’avez pas de manager ?

Non ! je n’en avais pas.

Après cette aventure, Houphouët vous a laissée tomber ?

Oui ! Je suis restée sans assistance jusqu’à sa mort.

Et après qu’êtes-vous devenue ?

Je suis revenue à Abidjan et Goré Bi Taha Emmanuel a voulu s’occuper de moi. Malheureusement les esprits qui me suivent m’ont emmenée à Daloa où j’ai fondé ‘’la compagnie Zaouli Club’’.  Notre formation marchait bien jusqu’à ce que la crise de 2002 nous fasse arrêter les choses. Elle a occasionné le départ de tous les membres vers des cieux nouveaux. Je me suis retrouvée à Sinfra et mon neveu est venu me supplier de partir pour Abidjan. Car, le village ne me convenait pas. Il m’a suggéré d’enregistrer une chanson pour qu’il me cherche un producteur. C’est ainsi que j’en ai eu un, du nom de Harrison Goré Bi. Je me suis donc retrouvée chanteuse.

Combien d’albums avez-vous à votre actif ?

J’en ai trois. En 2004, Glolowi, mon premier album est sorti. En 2007, j’ai fait le deuxième. Le troisième est paru en 2015.

De quoi vivez-vous actuellement ?

Je ne suis pas mariée. Je vis avec mes enfants  à Yopougon-Niangon. Je chante pour toutes sortes de cérémonie, quand je suis invitée. Actuellement je suis à la recherche d’un bon agent, qui puisse me mener dans une grande carrière. Car, mes talents ne sont pas encore connus par les mélomanes. Concernant la danse, j’enseigne des enfants afin de perpétuer nos valeurs culturelles.

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